Duodaemonium, Le Grimoire des Sombres Nouvelles de Davy Artero et Jordan Henry (-16 ans)

Duodaemonium


 Titre : Duodaemonium, Le Grimoire des Sombres Nouvelles

Auteur : Davy Artero ; Illustrateur : Jordan Henry

Nombre de pages : 92

Première publication le 17 Décembre 2012 chez YIL Éditions ; ISBN : 978-2953839456 ; Prix : 16€

Couverture de Jordan Henry

Lectorat : Adultes

Genre : Recueil de nouvelles/Horreur


Résumé de l’éditeur :

Duodaemonium. Deux univers se rencontrent et fusionnent. Quand le visuel terrifiant s’associe aux textes angoissants. Dix nouvelles, quelques heures de lecture mais de longues nuits de cauchemars, à vie…


Citation : (page 37 pour Au Centre)

Il ferme les yeux. Il lève un peu la tête et la rabaisse violemment. Il ouvre les yeux et relève sa tête. Une goutte de sang d’un demi-centimètre sur le haut du tube, et toujours cette putain de douleur atroce au milieu des yeux.

Il se replace au dessus du tube et ferme les yeux.


Ma chronique :

J’ai acheté Duodaemonium aux Imaginales lorsque j’ai fait la découverte de la maison d’édition «  Les éditions des Tourments  ». Même si ce livre n’est pas édité par eux, Jean-Christophe Exposito (le dirigeant des éditions) a eu la gentillesse de laisser Davy Artero le vendre au milieu de ses autres bouquins ainsi que ceux des autres auteurs publiés chez Les éditions des Tourments. Davy et sa bonne humeur m’a donc présenté ses romans. J’avoue  : je ne l’ai plus vraiment écouté à partir du moment où il m’a montré Duodaemonium. Mes yeux étaient comme fixés sur le livre objet qu’il était ainsi que sur la couverture hypnotisante qu’il portait. Et pour cause (histoire de dire que ce n’était pas ma faute si ma tête ne voulait plus écouter), ce recueil de nouvelles est un format BD, avec la couverture cartonnée, des illustration à couper le souffle (oui, je l’ai feuilleté) et… ben forcément, quand Davy m’a parlé des autres livres, mon côté collectionneuse s’est arrêté sur l’objet qui faisait briller les yeux. Petite précision, j’avais déjà bien éclaté mon budget achat livres quand j’ai voulu prendre celui-là. C’est la faute de Lydie qui m’a dit  : «  De toute façon, au point où tu en es, un de plus, un de moins ne changera pas grand chose  ». Comme elle avait bien raison, ben voilà, je l’ai pris. Et j’ai bien fait  !

Davy Artero a une plume qui plaît sûrement à presque tout le monde  : elle est simple et contemporaine  ; un style qui permet une lecture rapide et agréable de son recueil, sans encombrer le lecteur d’un dictionnaire à porter de main. Seul lors de ma lecture du texte Algophilie, j’ai du tourner les pages de ce calepin miracle pour trouver deux ou trois mots que je ne connaissais pas. Le vocabulaire n’est donc pas un soucis tout comme les répétitions qui n’existent pas. Je dirais même : enfin un recueil de nouvelles sans répétitions  !
Cependant, au vu du thème du livre, qui est «  angoisse et répulsion  », j’imaginais, avant ma lecture, un style plus poussé en complexité dans le vocabulaire et la syntaxe des phrases. Et étonnamment, malgré mes attentes, j’ai apprécié ma lecture. Même si un enfant de dix ans peut lire et comprendre cette plume, je trouve que ça rajoute un côté pur et innocent aux nouvelles. C’est ça qui caractérise Davy  : son style léger pour faire passer en profondeur ses histoires écrasantes.
Mais il y a autre chose que j’ai retenu et qui le distingue  : à chaque nouvelle, qu’elle soit plus ou moins rude, le rythme est forcément lent, voir quasi inexistant, tandis que la dynamique est la même du début à la fin  : plate. En général, ce sont seulement lors des vingts dernières lignes des récits que le rythme part dans un mouvement effréné. Et là, Davy te passe un message  : «  Tu trouvais ça dérangeant hein  ? Attend la dernière ligne avant de tourner de l’œil. Ce n’est pas encore fini…  ». Davy, le message est passé  ! En revanche, il y a aussi des nouvelles qui ne décollent pas. Ou si, elles décollent, mais c’est pour retomber dans l’oubli trois lignes plus loin. De mon point de vue, Sang d’encre fait parti de ces nouvelles qui sont absentes. Quand le rythme démarre, il retombe de suite pour rester plat.
Voilà comment je dépeindrais le style de Davy Artero  : un auteur à plume naturelle.
Maintenant, le gros point négatif du livre  : la mise en page  ! Voilà l’explication  : le format est original, agréable à tenir en main, et est un sacré objet  ;  la mise en page complète des nouvelles est toujours celle-ci  : titre du recueil placé à gauche, titre de la nouvelle placé à sa droite, la nouvelle démarre à gauche (sur une nouvelle double page), et l’illustration en rapport avec la nouvelle est placée à gauche alors que la fin des histoires est sur sa droite. En en-tête de chaque page à histoires se trouve le titre en question  ; et enfin en pied-de-page, côté coin, se trouve les numéros de pages. Que ce soit le titre du recueil ou les titres des nouvelles et les numéros de pages ou encore les lettres des écrits, chacun d’entre eux a une police bien définie. Jusqu’ici, il n’y a rien à dire. Le travail qui a été fait est parfait, la mise en page est vraiment belle, d’autant plus que des effets calques sur les titres ont été produits, et ça rend l’objet encore plus prenant. Mais le hic arrive ensuite, dès que vous posez les yeux sur les récits. Tous, sans exceptions, ont eu droit à une découpe effroyable. Ce que j’entends par là, c’est que les paragraphes font entre une et dix lignes maximum  ! Donc quand vous lisez une super scène avec une très bonne ambiance et qu’en plein milieu de la dite scène est placé un saut de ligne, vous sautez sur place, car quand vous lisez la suite vous perdez toutes les émotions transmises. Même le fil de l’histoire devient bancal. Et là, quand vous savez qu’il faut un retour à la ligne, qu’il serait important pour le dénouement, et bien il n’y en a pas. Nous avons ici l’erreur fondamentale à ne surtout pas faire  : des sauts de lignes intempestifs et irréfléchis qui gâchent la mise en page du livre. Et comme exemple, je parlerais de Hurlements, qui est un récit en deux parties. Avec le trop plein de retours à la ligne, je n’ai pas compris le changement de situation  ; j’étais embrouillée entre le qui est qui même après l’avoir lu plusieurs fois. J’ai fini par demander à Davy une explication pour comprendre le texte. Au début j’ai eu peur que tous les recueils de l’auteur soit dans le même style, alors j’ai demandé à Davy de me conseiller un autre de ses bouquins, plus récent, afin que je puisse comparer les mises en page. Il m’a parlé de Terreurs Nocturnes, que je me suis empressée d’acheter. Lors de la réception, je l’ai de suite ouvert et j’ai eu une merveilleuse surprise  : les nouvelles m’avait l’air vraiment bien organisées. À première vue, les textes n’étaient pas découpés n’importe comment et il n’y avait pas d’interlignes qui ne servaient à rien. Donc à cela on en déduit quoi  ?  Tout simplement que les sauts de lignes ont été introduits dans les récits afin de faire du remplissage pour que la mise-en-page générale soit belle à l’œil. Donc on obtient de ceci une lecture désagréable qui gâche souvent les histoires. À cela, il vaut mieux préférer un moindre nombre de pages ou un format plus petit, quitte à ne pas mettre toutes les illustrations sur la gauche, afin d’avoir un récit harmonisé pour une compréhension et une immersion totale.

Avant de faire un tour du côté des histoires, tournons-nous vers les illustrations. Je trouve la couverture du recueil très malsaine, c’est d’ailleurs ce qui m’a attiré en premier lieu. Pour décortiquer la première de couverture, il faut poser un œil attentif pour tout remarquer. De même avec la quatrième de couverture. Au premier abord, ça paraît un peu brouillon, comme si tout avait été mélangé sans attention. Mais voilà ce que moi j’en ressors (après au moins une heure d’observation)  : «  Vous vous trouvez dans les profondeurs de la Terre. Des colonnes de terre, de pierres, de boue et d’os vous entourent. Vous ne voyez quasiment rien. Ces couleurs noires et vertes vous mettent mal-à-l’aise, au point que vous vous effondrez à terre. Vous êtes nu comme un ver. Pendant un instant, vous vous repliez sur le sol, dans la position du fœtus. Mais rien y fait, ces corps et ces visages gravés dans les poutres vous regardent. Ils vous effraient. Vous ne savez plus où regarder alors vous fermez les yeux. Mais ce vent glacial vous oblige à vous relever. Vous courez au loin, espérant trouver une sortie, priant pour qu’aucun des monstres ne vous agressent. Le froid vous transit de plus en plus. Vous avez du mal à avancer, vous trébuchez. Quand vous relevez les yeux, une lueur d’espoir. Plus loin, la lumière verte est plus forte. Debout  ! Marchez encore, vous y êtes presque  ! Vous arrivez à l’entrée de la grande salle. En son centre un homme. Non, un prêtre à une tête à deux visages. Du sang d’une ancienne victime coule de ses bouches. Lisant une bible. Sans peau, intestins et poumons à découvert. Un cercle tourne dans son dos. Des filaments partant vers le haut. Le mur est rempli d’humain, comme enfoncés dedans. Vous avez quittez la forêt protectrice pour venir au cœur de la Terre. Le prêtre vous accueille à bras ouverts.  »
Jordan Henry est un artiste que je ne connaissais pas du tout. En plus de d’utiliser l’argile, le plâtre, le bois ou un autre modelage afin de faire des sculptures prenantes, il manipule les choses afin d’en faire des photos vivantes. Ses œuvres sont comme réelles, mouvantes  ; leurs présences vous envahissent, ne vous quittent plus. Elles sont dérangeantes, comme cette sculpture de poupées pour Ex Situ  ; Elles sont glauques, comme cette œuvre dans Pas Gentil  ; Elles sont malsaines, comme cette photo retouchée pour Dernière Danse  ; Elles sont repoussantes, précises, gores et vertes. Oui, vertes, dans tous les sens du terme  : la profondeur, la mort, la haine, le dégoût… et la  couleur. Le vert domine, le vert met mal-à-l’aise, le vert donne l’ambiance du recueil. Qu’il soit clair, sombre, fluorescent, caché dans les reflets, le vert est omniprésent.
Les illustrations sont pires que les histoires. Elles rajoutent un côté «  daemon  » aux récits. Elles les font naître.
Jordan Henry fait de l’Art avec un grand A, même au crayon, ces dessins vous pourrissent l’esprit (cf = Brisés).

Si la plume et les illustrations m’ont charmées, qu’en est-il des histoires  ? Eh bien elles sont simples, contemporaines et sans grandes originalités. Mais une histoire a-t-elle besoin d’être originale pour plaire  ?
Les récits que nous content ici Davy Artero reprennent des faits divers comme un tueur en série nécrophile, les rencontres sur le web, le sadomasochisme, la folie, … avec parfois un côté Fantastique (vous savez, le vrai Fantastique, celui avec de l’angoisse et tout dedans, pas celui dérivé qu’on trouve de nos jours  ; le fantastique d’origine, celui qui dérange). C’est donc une redécouverte d’histoires banales avec des fins quelques peu différentes. Donc des intrigues lisses pour des fins qui font «  Quoi  ?  » ou «  Non  !  » ou encore «  Beurk…  » (ce sont celles que je préfère celles-ci  !). Bien sûr, Davy fait parfois des sous-entendus quant aux dénouements des récits, mais c’est seulement lors des dernières lignes qu’on a le cœur en pièces (Cf principal  : Un soir d’hiver). Vous avez donc les nouvelles bien préparées et délicates, et LA nouvelle qui n’a rien  : Sang d’encre  : une histoire sans attache, pour une fin dont on attend du renouveau qui n’arrive pas et qui casse toute la trame du récit. Pour le coup, c’est la nouvelle trop banale qui reprend l’histoire d’une jeune auteur qui écrit pour un auteur de romantisme hyper connu. Même la femme n’est pas intéressante, ni l’auteur trop génial qui écrit des trucs trop bien est lassant. Elle est trop cruche pour comprendre dès le départ qu’elle va se faire avoir  ; il est trop fier pour… pour tout en fait. C’est là que l’on voit la différence avec cette fillette dans Pas gentil (pauvre gosse… hum…), ou ces parents dans Hurlements (quelle misère !), ou encore cet homme dans Au centre (mais waou !), ou ce médecin dans Ex Situ (quelle tristesse!), ils sont tous super attachants. Même l’homme de Dernière valse qui est craquant. D’ailleurs, en parlant de Dernière valse, quelle ambiance  ! Cette toute première nouvelle du recueil t’envoie un sentiment de dégoût en plein dans le cœur. Et pourtant, c’était tellement chouette de danser dans les bras de ce gentleman, on en voudrait tous les jours des hommes comme lui  ! Quoi que… après réflexion, je suis plus trop sûre. Bref, des ambiances qui s’accordent vraiment avec les décors  : glauques, malsains, irritants, agrippants, tristes… Vous savez, quand ça vous retourne les tripes et que si vous n’êtes pas encore assez mal et bien les illustrations vous finissent  : «  tu aimes te sentir mal, hein  !  Je le sais, au fond de toi, tu adores… ».
Petite note concernant le thème du livre, je rappel «  angoisse et répulsion  » : dans les histoires, il m’a manqué un poil d’angoisse pour que ma lecture complète, par contre, pour la répulsion, j’étais servie !

En conclusion, si vous avez l’âge pré-requis bien sûr (- 16 ans à mon avis) et que vous avez envie de découvrir ce qu’est de lire de l’horreur contemporaine, foncez. Entre la plume de l’auteur, les histoires touchantes et des illustrations à faire… à couper le souffle, ce recueil est pour vous.
Une lecture que j’ai vraiment apprécié, tant pour les nouvelles que pour les visuels. Un tout qui m’a fait trembler.


Qualificatifs : Livre objet, prenant, malsain

 

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