La route de Cormac McCarthy

Titre : La Route

Auteur : Cormac McCarthy

Langue : Français – Langue originale : Anglais (États-Unis)

Format : Papier – Lu en poche

Publié le 20 Mai 2009 chez « Points »

ISBN  : 978-2757811610 ; Prix : 6€90 ; Nombre de pages : 256

Photo de couverture de Marion Ettlinger pour l’affiche du film « Dimension Film »

Lectorat : Adultes

Genre : Roman – Science-fiction/Post-apocalyptique

Tome unique

Page du livre sur le site de l’éditeur ICI


Citation :

« (…) Il chuchotait : Papa ? Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?
Il a été foudroyé.
On ne peut pas l’aider ? Papa ?
Non. On ne peut pas.
Le petit le tirait par sa veste : Papa ? disait-il.
Arrête ça.
On ne peut pas l’aider ?
Non. On ne peut pas l’aider. Il n’y a plus rien à faire pour lui.
Ils continuaient. Le petit pleurait. Il n’arrêtait pas de se retourner. Quand ils arrivèrent en bas de la côte l’homme s’arrêta et le regarda et regarda la route derrière eux. Le brûlé était tombé à la renverse et de loin on ne pouvait même pas dire ce que c’était. Je regrette, dit-il. Mais on n’a rien à lui donner. On n’a aucun moyen de l’aider. Je suis désolé de ce qui lui est arrivé mais on ne peut rien y changer. Tu le sais, hein ? Le petit gardait les yeux baissés. Il opina de la tête. Puis ils repartirent. Il ne se retournait plus. »

– Pages 50-51


Résumé de l’éditeur :

« L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et son fils errent sur une route, poussant un Caddie rempli d’objets hétéroclites. Dans la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du Sud, la peur au ventre : des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l’humanité. Survivront-ils à leur voyage ? »


Petit mot avant-garde :

Si vous voulez être bluffés, si vous en avez assez de ces romans qui ne vous satisfont pas, ou tout simplement si vous voulez autre chose, lisez ce roman !


Ma chronique :

Je suis là aujourd’hui pour vous parler du livre La Route de Cormac McCarthy. Ça ne va pas être une mince affaire. Je ne sais pas si je vais pouvoir vous transmettre toutes les émotions que j’ai ressenties en le lisant. Pour tout vous dire, je ne sais même pas si je vais pouvoir trouver les mots. Mais je vais essayer.

Quand vous vous plongez dans La Route, vous ne vous attendez pas du tout à ce genre de lecture. Vous êtes remplis de préjugés. Pas sur ce que pourrait être l’histoire – bien que l’on essaye toujours, même sans le vouloir, d’imaginer ce qui peut se passer – mais sur le format du texte lui-même. Pour nous lecteurs, quand nous commençons un livre, nous nous attendons à avoir des chapitres, des virgules, peu de répétitions. Quelque chose de bien structuré et dans les normes. Je vous dirais bien « Non, pas moi, je sais très bien que chaque auteur à son style et qu’un livre peut être différent des autres. » Et je ne suis sûrement pas la seule à vouloir dire ce genre de chose. Mais croyez-moi, même si nous savons qu’un livre peut être différent, même si nous savons que chaque auteur à son propre style, je vous promet que nous ne nous attendons pas du tout à celui de Cormac McCarthy ! Cet auteur casse tous les préjugés que vous pouvez avoir. Il ne se joue pas de vous comme feraient certains. Il utilise sa plume pour vous transporter dans son histoire, pour vous faire ressentir un maximum de chose. Cet auteur a un don incroyable !
Dans ce livre, il n’y a pas de chapitres, que des paragraphes, pas de pages blanches, pas de nom. Peu de virgules, des « et » partout et des répétitions à foison, pas d’introduction, un épilogue qu’il faut éplucher pour le comprendre – bien qu’il ne soit pas un épilogue -, beaucoup de phrases nominales. Pas de guillemets ni de tirets ni de retours à la lignes pour les dialogues, certains étant écrits en plein milieu des descriptions. J’en suis venue à me demander, si ce sont vraiment des dialogues, mais parfois plus des monologues. Le personnage principal pensent-ils qu’il parle vraiment ou parle-il vraiment ? L’impression est donnée qu’il parle à voix haute alors que les mots ne sortent pas forcément de sa bouche. Le contraste entre ce qui est vraiment dit en discussion et ce que le héros pense dire est très subtil. Ça s’ajoute à l’univers pesant et à la profondeur des personnages. Et ça démontre la qualité d’écriture de l’auteur.
Dans ce livre, il y a de la souffrance, de l’amertume, de la tristesse et du malheur. Des moments précieux de joie, de bonheur et des sourires. Englobés dans un condensé de malaises, de tension, de fatigue et de larmes.
En lisant ce livre, vous coupez votre respiration. Vous suffoquez. Vous vous mordez les lèvres à vous en faire mal. Vous stressez. Vous pleurez. Vous souriez, un peu. Vous profitez de chaque rare moment de bonheur. Pour ensuite vous mettre dans un état d’angoisse qui vous prend à la gorge.

Mais alors, que vaut l’histoire. Est-elle comme le style de l’auteur ? Toute aussi originale et cassante de préjugés ? Et bien elle est toute simple… en premier lieu : un père et un fils – qui ont survécu à l’apocalypse – vont marcher vers le sud afin d’échapper au froid du nord qui devient de plus en plus glacial en poussant un caddie. Alors oui, dans cette histoire, vous suivez un père et un fils qui marchent en poussant un caddie. Mais c’est bien plus profond que ça. Cette histoire de marche est là pour faire avancer les choses. C’est grâce à elle et au caddie que vous allez découvrir les personnages, ce qu’ils sont au fond de leur coeur, au fond d’eux, ce qui les définissent. C’est grâce à eux que vous allez vous y attacher. Sans eux, qui font office de décors, il n’y aurait pas de vie dans ce récit, pas d’attaches. Sans cette histoire de voyage, les personnages ne sont rien. Parce que c’est ce voyage qui a déterminé leur caractère.
Ces deux personnages sont tout ce que j’aimerais être s’il y avait une apocalypse de ce genre. Des personnes aimantes, courageuses, avec une envie de survivre extrêmement forte et un amour père/fils à couper le souffle. Mais cet amour ne devra en aucun cas être divisé par qui que ce soit. Il sera protégé à en mourir.
J’allais vous dire que certaines scènes sont très violentes dans le livre. Mais ce n’est pas de la violence telle que nous l’entendons dans le sens classique du terme. Ce sont des scènes qui sont tellement malaisantes que vous les ressentez de façon violente. Je me suis vraiment sentie très mal à l’aise après avoir lu certains passages. J’en retiens notamment un qui m’a fait pleurer et qui m’a donné mal au ventre. (Et j’ai très mal dormi la nuit suivante.) À savoir qu’il n’y a pas que la scène en elle-même qui m’a rendue si mal, c’est aussi le style d’écriture de l’auteur et l’ambiance ultra pesante qu’il a réussi à maintenir durant tout le long de son récit. Sans cette ambiance, si bien amenée, si bien installée et constamment présente, le livre aurait peu d’intérêt. Il faut dire que le paysage monotone, terne et oppressant ajoute à tout ce malaise une pointe de trouble supplémentaire.

Ce roman n’est pas un coup de coeur. Ce roman, c’est plus que ça ! J’en ai pris plein la tête ! Ce roman est un chef d’oeuvre. L’auteur a un don, tout simplement.


Des qualificatifs ? Malaisant, percutant, parfait.

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