« Enfin la nuit » de Camille Leboulanger

Titre : Enfin la nuit

Auteur : Camille Leboulanger

Langue : Française – Langue originale : Française

Format : Papier – Lu en format poche

Publié le 25 mars 2021 chez L’Atalante Éditions collection Poche

ISBN  : 979-1-036-00072-0; Prix : 7€00 ; Nombre de pages : 224

Photo de couverture : Leraf et Ludovic Charlet

Lectorat : Adultes

Genre : Science-fiction – Post-apocalytique

Tome unique

Page du livre sur le site de l’auteur ICI


Citation :

« Thomas se sent un peu idiot quand, le soir venu – 22h à sa montre-, il s’installe dans une voiture garée sur le trottoir pour y dormir. Seulement la nuit ne tombe pas. Le ciel gare de s’éteindre dorées et brillantes. Qu’il s’agisse du résultat d’une explosion nucléaire, d’un châtiment divin, ou bien d’une révolte de la nature, peu importe. Le fait est là : il ne peut pas dormir. Trop de lumière. Thomas n’y peux rien, mais il s’en veut car il se rappelle trop tard le cache-yeux entre (semblable à ce que l’on distribuer dans les avions) qu’il a oublié dans le tiroir de la table de nuit. Un cache-yeux qui lui aurait été bien utile, mais qu’il n’a tout bonnement pas pensé à emporter. Retourner chercher à l’appartement n’est pas une option. Il s’y refuse. Tout d’abord, c’est dangereux, et puis cela serait une perte de temps. On pourrait, il est vrai, objecter que Thomas n’a pas vraiment de raison d’être pressé, vu qu’il ne sait tout bonnement pas où il va. Mais quand même. Revenir sur ses pas, ce serait reconnaître son échec. Son amour-propre le lui interdit. Il est parti sans, il continuera sans. Alors, après deux heures passées à se tourner et retourner sur le fauteuil passager de la vieille Peugeot 309 verte immatriculé 1670 BD 92, il décide d’abandonner et de se remettre en marche.»

– Pages 25-26, chapitre « Le dernier randonneur ».


Résumé de l’éditeur :

« Le ciel était embrasé. On avait bien donné des explications à la télévision, histoires de guerres, de catastrophes, d’ennemis, d’alliés. Des noms, d’autres, beaucoup de noms qui se croisaient sans grande cohérence entre eux. Alors, du coup, les gens étaient dans la rue, le regard plongé dans le feu du ciel. Le grand embrasement. Ravage. La nuit était plus claire que le plein jour. Les lampadaires devenaient inutiles. Le ciel s’était allumé le 23 janvier, sur le coup de 22h30. Et si, sur le moment, personne ne comprenait vraiment ce qu’il se passait, il faudrait bien admettre, une semaine plus tard, que la nuit ne retomberait plus jamais. »


Petit mot avant-garde :

Ma rencontre avec Camille est un vrai fruit du hasard. Aux Imaginales 2021, je suis allée faire dédicacer un livre et juste à côté il y avait Camille Leboulanger. Il était en train de présenter un de ses romans à des lecteurs et je l’ai entendu dire « lisez la première page. Si vous ne l’aimez pas, ne l’achetez pas ». Bien sûr, moi en entendant ça, j’ai de suite été intriguée. Ma dédicace terminée je suis allée rencontrer Camille afin de lui demander de me présenter ses romans. De là, il m’a dit la même chose qu’il avait annoncé précédemment, et bien sûr j’ai de suite voulu le livre, Malboire. Ensuite, il m’a parlé de Enfin la nuit en me le présentant comme un roman qui pouvait que vous plaire si vous avez aimé La route de Cormac McCarthy. Alors encore une fois je n’ai pas eu d’autre choix que d’acheter le roman parce que La route a été un véritable coup de cœur il y a 3 ans de ça.


Ma chronique :

Enfin la nuit n’est pas un livre comme les autres. Il est froid, les personnages sont distants et vous ne vous évaderez pas au delà des collines de par votre imagination. Je m’explique.

Le sentiment premier qui ressort de ma lecture de Enfin la nuit, c’est que le roman est froid. Il n’y a pas d’accroche particulière à avoir avec les personnages, pas d’attache avec le monde, pas d’attache avec les lieux. Ce roman est un parcours de frissons constants, déclaré dès les premières lignes, dès que l’on sait que la nuit ne tombe plus. Le ciel est jaune et fait froid dans le dos. On ne sait pas trop où l’on est, ce qu’il en est, et ce qu’il en sera. Le lecteur est juste présent pour lire le roman et se faire transporter dans cette apocalypse par le biais du personnage principal.

Dans sa façon d’écrire, Camille Leboulanger nous amène exactement là où il veut qu’on aille et nul part ailleurs. Vous ne trouverez pas beaucoup de descriptions de paysages, et par conséquence, vous ne pourrez pas vous évader, pas laisser votre imagination faire le travail. Car ici, ce n’est pas le but. L’auteur veut vous mener par le bout des doigts et c’est ce qu’il fait. L’important, c’est de marcher aux côtés de Thomas, sans parler. Juste le suivre en silence pour vivre les mêmes choses que lui, vivre cette apocalypse, vivre ces journées infinies et étouffantes. Vous n’êtes pas le personnage, vous êtes juste spectateur de ce que peut être une vie sans nuit. En cela, vous étouffez tout le long du roman. Vous étouffez comme le fait Thomas. Vous étouffez à cause de la chaleur, à cause du stress, du manque d’eau, de trop marcher. Vous étouffez à cause des gens, de leur distance et de leur proximité. Vous étouffez car Thomas ne lève pas les yeux sur le monde qui l’entoure, ne regarde pas les panneaux qu’ils croisent, le nom des villes dans lesquelles il passe. Vous étouffez de rester la tête baissée, constamment. Et vous êtes là, toujours silencieux, à marcher aux côtés de cet homme qui ne se confie pas, qui s’ouvre très peu. Qui ne partage pas beaucoup ses sentiments, et qui parle peu. Vous n’êtes pas spectateur de ce monde apocalyptique, mais vous êtes spectateur du mode de survie de Thomas.

C’est dans l’écriture du roman que l’on sens la puissance de l’apesanteur du monde, que l’on se sent pris aux tripes par la survie du personnage.
Contrairement à La route où les héros ne sont jamais nommés, on a ici une répétition excessive des prénoms de chacun. Et contrairement à ce que l’on peut s’attendre, c’est dans cette répétition que nous ne nous attachons pas aux personnages. Ça créait une distance, comme si le fait de répéter dans la lecture un nombre incalculable de fois « Thomas » le faisait s’éloigner de nous. En comparaison, imaginez que tout se passe bien avec vos enfants ou la personne que vous aimez. Il suffit qu’il y ait une dispute pour que vous l’appeliez par son prénom, ça créait un énervement et une distance. Là c’est la même chose. Vous vous éloignez d’instinct du personnage principal. Après bien sûr, vous n’êtes pas insensible au point de le détester, pas du tout, mais vous apprenez à apprécier de suivre une histoire avec vos yeux de spectateur muet. Vous ne pouvez pas prendre part aux décisions ni aux choix de chacun, et vous en êtes quand même bien soulagés de ne pas avoir à les prendre. Il y aurait bien trop de poids sur les épaules à supporter et pourriez-vous seulement en faire un seul ?
De plus, le fait que les personnages soient distants correspond parfaitement au monde post-apocalyptique. Il reste peut d’Hommes sur Terre, c’est en quelque sorte la guerre des ressources et tout le monde doit se méfier de tout le monde car c’est humain. Car on ne sait jamais ce qui peut se passer. Car personne ne peut prédire l’avenir, et encore moins dans un monde comme celui-là. En plus, les héros sont totalement épuisés. Il ne fait plus sombre, donc le cerveau n’a plus de détecteur de fatigue. Donc, tout le monde est constamment fatigué et sur les nerfs. Sans compter la recherche constante d’ombre, de refuge, de nourriture, d’eau et surtout de sécurité.

Un autre élément fait que l’on reste distant à l’histoire, c’est sûrement aussi un des éléments les plus accrocheurs du récit. Par moment, l’auteur nous décrit des passages de personnages que l’on ne voit jamais. Ils ne sont en aucun cas importants, mais ces moments rajoutent énormément de tragique à l’histoire. Anna, Jean, ou les autres ne servent en rien au monde de Thomas, mais ils créaient un malaise infini envers cet univers qu’on ne découvre pas vraiment. Je ne peux m’empêcher de les relier aux instants, contants, où Thomas regarde sa montre et lit l’heure ou calcul le temps qui passe. Ce n’est pas constructif dans le monde dans lequel il doit vivre, mais ça lui permet d’évaluer un minimum le temps qui court et de se détacher, lui aussi, de ce qui se passe aux alentours.

Ce roman, c’est un roman vraiment accrocheur. Il faut insiter pour s’habituer à cette lecture si nominative. Mais c’est un enrichissement littéraire qui vaut vraiment la peine d’être lu. Je tiens aussi à signaler que c’est un premier roman de la part de l’auteur, et que ce n’est pas du tout détectable. J’avais l’impression de lire un livre d’un écrivain en pleine maturité. Je suis du coup en pleine attente de retrouver le style de Camille dans Malboire et curieuse de voir s’il a pu encore améliorer son écriture même s’il n’y en a pas besoin.


Des qualificatifs ? Distant, froid et extrêmement prenant

« Sur l’écorchure de tes mots » de Pascaline Nolot

Sur l'écorchure de tes mots eBook de Pascaline Nolot ...

Titre : Sur l’écorchure de tes mots

Auteur : Pascaline Nolot

Langue : Française – Langue originale : Française

Format : Papier – Lu en grand format

Publié le 22 février 2019 chez Chat Noir Éditions collection Chat Blanc

ISBN  : 978-2-375-68103-9 ; Prix : 19€90 ; Nombre de pages : 284

Photo de couverture : Léona Snow

Lectorat : Adultes

Genre : Roman – Contemporain

Tome unique

Page du livre sur le site de l’éditeur ICI


Citation :

« Je fonce dans ma chambre, je m’affale sur mon lit et j’allume la télé. Mais je ne vois rien de ce qu’il y a sur l’écran : la bouille de Grenouille remplace toutes les images. Sa trombine esquintée s’affiche en 3D. Plus je fixe les balafres et le nez déformé, plus je sens comme une boule qui enfle dans ma gorge. La boule gonfle, gonfle… Je sais ce que c’est. C’est un mot qui veut sortir. Mais il peut pas. Il est coincé, enfouis sous tous les autres que j’ai ravalés aussi. Celui-là, c’est le plus gros et, manque de bol, il est tout au fond. Impossible de l’évacuer. Alors, il prend de plus en plus de place en travers de mon gosier. Et je sens qu’un beau jour, il finira par m’étouffer. Comme je peux pas le prononcer, je regarde droit dans les prunelles noisettes qui ont envahi mon téléfilm pourri, et je le pense le plus fort possible :
PARDON.»

– Page 58, chapitre 5 « Sid ».


Résumé de l’éditeur :

« Emma, 18 ans, est une fille d’encre et de lettres. Barricadée chez elle, elle partage la totalité de son temps entre ses romans et son blog, Mots écorchés, sur lequel elle exprime son mal-être à travers citations et poèmes. Sid, 17 ans, est son exact opposé. Les mots, les livres, il n’aime pas. Être enfermé dans un quelconque foyer ou rangé dans une case bien déterminée, il déteste. Lui, préfère l’action à la contemplation, la débrouille à la dépression. Les deux adolescents n’ont rien en commun, si ce n’est le lien du sang et l’accident qui a changé à jamais leur double destinée. Car Emma et Sid sont frère et sœur et ne se sont pas revus depuis plusieurs années. Un jour, l’existence croise à nouveau leurs chemins pour leur offrir une seconde chance. »


Petit mot avant-garde :

Par moment, on choisi de lire un livre pour les sentiments que l’on veut ressentir. Aux Imaginales 2021, quand j’ai demandé à Pascaline Nolot de me parler de son roman, j’ai de suite été touchée par l’histoire qu’elle avait créée et par les émotions qu’elle devait transmettre. J’ai choisi de le lire car j’avais envie de ressentir des choses, j’avais envie de m’intégrer à une histoire avec de la vie, de la souffrance. Mais surtout, j’avais besoin de lire la réalité des choses. Je cherchais à être touchée par un personnage. Je sentais que ce livre était parfait pour ça, il y avait une promesse de ce que j’attendais.


Ma chronique :

« Sur l’écorchure de tes mots », c’est l’histoire d’un frère et d’une sœur qui ne se voient plus depuis des années suite à un accident grave : la fillette est brûlé, elle est difigurée. On suit dans ce roman les deux héros plusieurs années après la catastrophe, qui essaient de vivre comme ils peuvent. L’une reste enfermée chez elle ne pouvant pas supporter le regard des êtres humains sur elle. Et l’autre ne supportant pas d’être toujours au même endroit, sortant tout le temps, disparaissant continuellement, et faisant constamment la fête.

Allons à l’essentiel, j’ai adoré ce roman ! Vraiment difficile à lire sur les sujets qu’il aborde, mais tellement utile à la vie de tous les jours : le jugement et le regard des autres en sont les deux gros thèmes. Comment se faire accepter lorsqu’on a un visage défiguré, le peut-on seulement ? Ou puiser la force de pouvoir sortir alors que les gens vont vous voir tel que vous êtes vraiment, en monstre ? Quelles vont être les réactions lorsque des yeux vont se poser dessus ce visage ? Comment tout simplement vivre avec ça ?
De l’autre côté, il y a le petit frère et des jugements bien trop rapides : « Ce garçon qui sort tout le temps est juste inculte et débile. Il va se rendre malade en continuant à boire et à baiser, voire pire, se tuer… Et puis ses pauvres parents qui ne vivent plus ensembles à cause de lui ! Et en plus de tout ça il ne fait aucun effort ! »
Ce roman, c’est une mine de sentiments tristes et puisants, ancrés dans la réalité de notre vie contemporaine avec une belle critique de ce que nous sommes en tant qu’humains : remplis de préjugés et de méchancetés.
Ce roman, il vous fait prendre conscience du regard que vous avez sur les autres. Ce roman, c’est une claque dans la gueule magistrale sur les comportements que l’on peut avoir vis-à-vis des autres.
Ce roman, c’est une perle.

Écrit à la première personne, les chapitres alternants entre la sœur et le frère, j’ai mis un peu de temps à m’adapter à la lecture du récit car ce sont des adolescents qui parlent et je ne suis pas du tout habituée à leurs langages. Il y a des mots que je ne connaissais pas et des abréviations qu’ils utilisent que je n’avais jamais imaginées. Je me suis retrouvée l’espace d’un instant en face de mes nièces et de mes neveux qui me parlent à la jeun’s. Bref, il faut le temps de s’y faire mais ce ne sont pas non plus des cas extrêmes où il y a que des mots inconnus, ça reste plus compliqué quand on ne côtoie pas beaucoup de jeunes de cet âge.
Des deux personnages principaux, j’ai une grosse préférence pour Sid, le frère. Je le trouve juste génial ! Bon d’accord, c’est une tête à claque, mais j’adore ce gamin. Sa façon de penser et d’être, son courage, sa gentillesse. Il a parfois, non, souvent un comportement trop limite, mais à raisons. Mais je ne donnerai rien pour être à sa place non plus. En tout cas, j’admire le cœur immense qu’il a. Il a tellement d’amour à donner et à recevoir…
La sœur est vraiment énervante. Elle réfléchit trop, parle trop, même dans sa tête ! Je lui ai souvent dis de se taire quand elle ne laissait pas une autre personne parler et qu’elle faisait plein de commentaires dans sa tête. Les dialogues sont saccadés, tout le temps coupés. Ça correspond parfaitement au personnage, mais que c’est énervant !

Je ne peux pas m’empêcher de comparer ce livre à conte. Il est plein d’émotions et fait ressentir énormément de sentiments, il fait poser le regard sur la réalité des choses et le personnage de Maïssane ne peut être qu’une bonne fée. Beaucoup de scènes sont touchantes, certaines font vraiment flipper. On est ici terré avec les deux personnages pour mieux vivre leurs émotions, et souvent, on se sent angoissé ! On est pris aux tripes.

« Sur l’écorchure de tes mots » est publié aux éditions du Chat Noir, dans leur collection « Chat Blanc ». Je les suis depuis leur début et j’admire la qualité de leur travail, la qualité des livres qu’ils publient et leur dévouement à leurs auteurs et leurs lecteurs. Ici, avec ce roman, je peux dire que cette maison d’édition peut être fière d’avoir publiée ce livre. Elle n’a rien à envier aux grandes maisons, bien au contraire. C’est un livre en or, avec des émotions en or, et une leçon de vie en or. Beaucoup de grandes maisons devraient copier la qualité de ce roman.

Une magnifique réussite Pascaline, bravo !


Des qualificatifs ? Extrêmement touchant, fait prendre conscience de beaucoup de choses

« Les affamés » de Silène Edgar

Titre : Les affamés

Auteur : Silène Edgard

Langue : Français – Langue originale : Française

Format : Papier – Lu en grand format

Publié le 8 mai 2019 chez J’ai lu collection Nouveaux Millénaires

ISBN  : 978-2-290-16399-3 ; Prix : 18€ ; Nombre de pages : 256

Image de couverture : Création Studio J’ai lu

Lectorat : Adultes

Genre : Roman – Dystopie

Tome unique

Page du livre sur le site de l’éditeur ICI


Citation :

« La révolution verte avait remis tout le monde à niveau : plus de très riches, plus de très pauvres. Des salaires décents, la santé, la justice, l’éducation pour tous. Ils avaient renoué avec les idéaux du Conseil national de la résistance au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Dix ans de paix sociale retrouvée. Enfin presque. Les milices de fachos provoquaient toujours des affrontements, mais ça restait circonscrit. Et puis. Le Parti de la Santé. La mise en place du statut d’Utilité, de un à cinq selon l’importance de l’emploi pour la société. L’argent remplacé par les crédits. Les crédits indexés sur le bulletin de santé. Les moins Utiles ne peuvent pas se permettre d’avoir une mauvaise santé sans perdre leurs avoirs, alors ils mangent des légumes à l’eau. Malgré cela, ils ne peuvent pas se payer les meilleurs soins, donc ils sont malades quand même, et ils ont encore moins d’avoirs. Un cercle vicieux. Les plus Utiles n’en ont rien à foutre et se gavent. Il peuvent se payer un fort taux de cholestérol, des artères bouchées, des foies cirrhosés, les séquelles inévitables de leur vie de riches profiteurs. En quelques années, les inégalités sont revenues entre ceux qui profitent et ceux qui rament, comme toujours.
Il y a eu des mouvements, mais ils ont été réprimés dans le sang. Le sang de Hugues. »

– Pages 92-93, chapitre « Scènes ».


Résumé de l’éditeur :

« Auteur à succès, Charles noie son ennui dans l’alcool, le tabac, la bonne chère et les conquêtes faciles. Un style de vie proscrit depuis que les Lois de la Santé ont mis le pays au régime sec : travail et nourriture saine pour tous, sport obligatoire et interdiction formelle de nuire à sa santé. Mais Charles est adulé par les foules, alors on le laisse faire… jusqu’au jour où un politicien aux dents longues décide de censurer la production littéraire. Commence alors pour l’écrivain une descente aux enfers qui lui donnera à voir l’envers du décor de cette société prétendument idéale. »


Petit mot avant-garde :

L’achat de ce livre résulte de la première édition du festival Hypermondes situé à Mérignac à côté de Bordeaux. Je connaissais peu Silène Edgard, lui ayant acheté 14-14, co-écrit avec Paul Beorn, aux Imaginales en 2018. Aux Hypermondes, je suis tombée sur Les affamés, livre que je ne connaissais pas du tout. J’ai lu en diagonale le résumé, et voilà que le livre était acheté. L’autrice étant arrivée à son stand quelques minutes plus tard,  je suis allée réclamer une dédicace. De là, Silène Edgar me demande ma profession pour savoir si je serais une Utile ou Inutile dans son roman. La question n’a pas trouvé de réponse et je ne l’ai pas vraiment. Peut-être une classe un ? J’ai plus l’idée de ce que j’ai envie d’être.
Je lui dis que je ne lirai pas le livre de suite, étant donné que j’en avais déjà un en cours, que je lis super, super lentement, et que j’en ai des centaines chez moi qui m’attendent patiemment. Après ça, je finis très vite mon roman en cours et je me lance dans Les affamés, ma curiosité ayant remporté son concours avec ma longue PAL. Et puis, je savais que je revoyais l’autrice aux Imaginales deux semaines plus tard, je voulais donc en parler avec elle.


Ma chronique :

Quand j’ai commencé Les affamés, j’ai remarqué qu’il y avait quelque chose de différent par rapport à tous les autres livres que j’avais lu. J’ai cherché durant deux ou trois chapitres afin de comprendre ce que c’était. Quand j’ai enfin compris, j’étais vraiment étonnée. C’était inédit pour moi. Dans sa façon d’écrire, dans la façon dont Silène Edgar présente Charles, le personnage principal, ou plutôt dans la façon dont elle nous fait vivre son histoire, elle casse ce quatrième mur qu’on a l’habitude de voir dans les films. Sauf que là, c’est dans un livre qui est écrit à la troisième personne. L’impression qui en ressort est que c’est une écriture à la première personne. Je ne sais pas du tout comment ça s’appelle pour un livre, je ne sais pas du tout si ça existe déjà, en tout cas elle l’a fait et elle a réussi.
On trouve cette cassation dès les premières lignes, quand Charles est sûr de lui : il montre sa présence, sa prestance et son charisme. Puis, au fur et à mesure que l’histoire avance, on est plus dans un style que je qualifierais d’habituel. On y remarque le manque de confiance de Charles ; il est en retrait total, son assurance se désagrège, son monde s’évanouit, sa vie s’effondre. À un moment, on le retrouve avec sa façon subtile de s’adresser à nous. Mais juste un peu, pour croire… Je me suis vue à plusieurs reprises à chercher ces moments dans le livre, étant presque en manque. J’avais beau avoir mis du temps à m’y habituer, je n’en étais aucunement dérangée car j’ai trouvé que c’était intéressant et intelligent. Et tout était devenu fluide.
Il y a un autre élément qu’on remarque immédiatement et que j’ai beaucoup aimé. À une époque, presque tous les romans qui sortaient avaient un titre pour chaque chapitre. Ils étaient lourds et un peu contraignants, comme si certains auteurs s’obligeaient à en mettre même si ça n’avait aucune utilité. Puis, c’est passé de mode et les titres ont été rémplacés par les numéros. Ici, l’autrice revient à l’ancienne méthode. Des titres à chaque chapitre. Mais pas des mots lançés à la va-vite, parfois même des phrases. Ils réprésentent bien ce qui suit et ce sont tous des éléments clefs de l’histoire. Il est important de les prendre en compte pendant la lecture, car ils apportent à chaque fois quelque chose en plus. Je trouve que c’est souvent une satire à la politique en cours dans le roman.

Les affamés, pourquoi Les affamés ? Depuis que j’ai fini le livre, cette question me turlupine. Même si la réponse est assez évidente, elle reste suffisamment complexe pour que je me la pose un moment. Je vois à la fois aucune, mais aussi beaucoup de raisons de choisir ce titre. Pour ce qui est d’aucune raison, ce serait de prendre le titre pour ce qu’il est vraiment : les gens ne mangent pas assez. À contrario, pour beaucoup de raisons on peut comprendre que les gens sont des affamés car certains profitent énormément des avantages de leurs classes : ils en veulent toujours plus. Plus de nourriture, de vêtements, d’alcools, de cigarettes, de fêtes, de mondanités, de ragots, de technologies, etc. C’est un contraste où l’idée de faim est la même des deux côtés mais avec des priorités et des besoins différents.
Les affamés, c’est aussi une faim de pouvoir. Cela, on le retrouve dans l’image de couverture. L’homme sur celle-ci a sur la bouche un ruban rouge, signe que le pouvoir, les politiques, l’empêchent de parler. Lui bloque sa voix. Il est muselé. Il me plaît de me dire que le ruban était blanc avant, à une époque plus sereine, juste après la révolution verte. Maintenant il est rouge, mais surtout sanglant, symbole d’une souffrance supplémentaire. Le personnage n’a aussi pas d’yeux. Est-il vraiment aveugle ou est-ce plutôt une métaphore liée à ce ruban rouge. Les riches sont aveugles à la pauvreté qui les entoure, grâce ou plutôt à cause de la politique en cours.
Bien sûr, je ne me suis pas fait ces réflexions avant d’avoir lu le livre. C’est une des choses que je préfère dans la lecture d’un roman : découvrir la signification cachée d’un titre et d’une couverture. Pour moi, c’est comme ça qu’une couverture est réussie, elle n’est pas nunuche et inutile, elle est recherchée et travaillée. Elle n’est plus juste là pour faire jolie mais elle a elle aussi son travail à faire dans l’histoire. Et pour le coup, elle est vraiment Utile.

Et justement, cette couverture avec ce ruban sanglant et ce bas de page déchiré amène à l’histoire principale du livre : la politique, la censure. En effet, on suit le personnage principal dans sa vie monotone d’Utile classe 5, la plus haute caste de cette société. Il est écrivain, le numéro 1 en France. Cependant, Charles écrit des livres qui ne correspondent pas aux attentes des politiques, ses personnages sont trop drogués, alcoolisés et/ou encore accros au sexe ; ils adorent les clopes et la malbouffe. Alors on lui demande d’adapter son prochain roman qui doit être parfait et qui doit strictement suivre les Lois de la Santé. Sans quoi Charles se verra déclassé et perdra tous ses crédits illimités. Tout simplement, il perdra sa vie telle qu’il la connaît depuis des années. D’affamé d’alcool et de clopes, il passera a affamé de nourriture.
Ce livre est un livre politique qui n’est pas si facile à lire. C’est un roman vraiment complet qu’il faut prendre le temps de décortiquer. Je ne le conseillerai pas à tout le monde. Lisez-le car il est super intéressant ! Il m’a apporté des réflexions différentes de d’habitude. J’ai tellement de choses à en dire, trop même que ça pourrait durer des heures. Moi qui déteste la politique de nos jours, j’adore celle des dystopies. Et celle-ci… Idéale pour une dystopie. Elle est belle, parfaite, mais on sait très bien que ça cloche. Mais on y croit, merci Charles pour ça.
Les différents personnages nous apportent des points de vus complémentaires et opposés à la politique du récit. C’est une politique qu’on peut comparer à un arbre. Le tronc c’est la Loi de la Santé, simple et efficace. Mais des branches et des feuilles poussent de partout, et pas de la bonne manière pour le gouvernement. J’aime la façon dont c’est montré dans le roman. On en voit que des petites pousses par-ci par-là quand Charles croise la route d’autres personnages. C’est évident car c’est sous nos yeux. Mais on est aveuglé par les pensées de l’écrivain et son je-m’en-foutisme d’origine. Et quand tout prend son sens, qu’on observe vraiment la complexité du monde, le livre est fini…

C’est une histoire où on peut espérer avoir plus en tant que lecteur. Nous sommes nous aussi devenus des affamés avec un livre qui aurait pu faire facilement 200 pages de plus. Il y a tellement matière à donner. Il y a tellement matière à utiliser ! Le monde, la politique (j’aurais adoré en savoir plus sur la politique d’après la révolution verte, elle paraît tellement idyllique), les engagements, les personnages. Surtout les personnages. L’autrice s’est concentrée sur Charles ; si elle l’avait voulue, elle aurait pu en écrire plus sur  Milo, Vincent, Gilles, Salomé, Élias, Lebraz, et Hugues. Le fait de se concentrer uniquement sur Charles est un choix de qualité sur l’ensemble de son roman, choix très juditieux pour l’ensemble des sentiments qu’elle a voulue que le lecteur. Je l’ai adoré puis il m’a carrément énervé. Mais je l’ai suivi de A à Z dans ses choix et son chemin. Je me retiens tout de même de lui dire que c’est une belle tête à claque toujours indécise. Mais en même temps, je ferais pas mieux que lui si j’étais à sa place.

Ma plus grande réflexion sur ce roman est celle-ci : est-ce que tout ce livre n’est pas écrit pour cette fin et non pas pour l’histoire en elle-même ? Pour que les lecteurs soient comme les chroniqueurs de la radio et qu’ils soient tous divisés et en désaccords ? Pour qu’on ait tous un avis différent sur le personnage et le monde ? Y a-t-il une prise de conscience à avoir sur notre propre monde ?
Toute l’histoire pour le Final. Il est à l’imagination du lecteur, comme beaucoup de choses du livre. Mais surtout quel est ce lien caché entre le Texte avec un grand T et l’histoire ? Et qu’est-ce que j’ai envie de lire ce Texte, il doit être incroyable !

Ce roman est riche en éléments et c’est certainement un livre qui se découvre entièrement en plusieurs lectures. Malheureusement pour moi, je n’aime pas relire des livres, et dans ce cas précis ça me désole car je sens que je rate beaucoup de choses. Mais si l’autrice décide un jour de ré-écrire dans cette univers, je serais présente sur le champs !


Des qualificatifs ? Politique. Réflexion et prise de conscience.

Lecture suivie 4 : « La Passe-miroir » de Christelle Dabos – Épisode 3 : Livre 2 : « Les diparus du Clairdelune »

Titre : La Passe-miroir, tome 2 : Les disparus du Clairdelune

Auteur : Christelle Dabos

Éditeur : Gallimard Jeunesse éditions

Couverture de Laurent Gapaillard

560 pages – Prix : 19€00 – Deuxième tome d’une quadrilogie

Genre : Post-apocalyptique – Lectorat : Adolescents, Jeunes adultes, Adultes

Site web de l’éditeur avec accès sur la page du livre ICI


Si vous souhaitez lire les épisodes précédents de ma lecture suivie, ce que je vous conseille, rendez-vous ICI pour le premier et ICI pour le deuxième. Tous ces écrits sont garantis sans spoilers.


Pour bien démarrer, voici le résumé de l’éditeur :

« Fraîchement promue vice-conteuse, Ophélie découvre à ses dépens les haines et les complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle. Dans cette situation toujours périlleuse, peut-elle seulement compter sur Thorn, son énigmatique fiancé ? Et que signifient les mystérieuses disparitions des personnalités influentes à la cour ? Ophélie se retrouve impliquée malgré elle dans une enquête qui l’entraînera au-delà des illusions du Pôle, au coeur d’une redoutable vérité. »


Voici à présent mes sentiments sur ce deuxième tome : (Juste une petite précision, j’ai écrit cet article le 24 novembre 2020. Aujourd’hui, je me décide enfin à le publier presque en l’état ; avec tout de même quelques petites corrections.)

Alors voilà, nous sommes plus tard. Mais plus tard de pas longtemps, vu que j’écris cet article le lendemain de ma rédaction de l’épisode 2, que ce dernier n’est même pas relu ni corrigé, et donc qu’il n’est même pas publié. Entre nous, ce sera bien la première fois que j’aurais de l’avance dans une chronique sur mon blog, peut-être même la seule avance de toute ma vie ! Enfin, si j’écris cet article si vite, c’est que tout est encore frais dans ma tête, que je ne veux rien oublier et que les tomes suivant me seront livrés dans la journée et je souhaite écrire ma chronique avant de commencer le suivant et de potentiellement me perdre dans mes sentiments. Je souhaite que tout ce que j’ai ressenti dans ce deuxième tome soit dans un coin de mon coeur et qu’il y ait de la place pour le tome suivant.

Donc hier, je finissais ce livre. Environ quatre heures plus tard et après avoir entendu mon chéri me dire des tonnes de fois « tu sais, tu vas devoir le poser un jour », je le lachais enfin. Ça peut paraître idiot dit comme ça, mais non, j’étais incapable de le poser. Je ne voulais pas que ce lien disparaisse. Et je ne vous parle même pas de l’état dans lequel j’étais. J’ai ressenti tellement de choses différentes dans cette lecture, qu’en plus de ne pas vouloir le lâcher, j’ai mis une heure à sécher ces larmes sileucieuses qui ne s’arrêtaient de couler. J’étais dans un état second. Un état dans lequel je n’avais jamais été auparavent. Le sentiment le plus fort qui règnait dans mon esprit était celui-là : j’étais époustoufflée ! Rappelez-vous, dans l’épisode précédent de cette lecture suivie et quand j’ai terminé le premier tome, j’avais peur de voir J.K. Rowling et son fabuleux Harry Potter se voir détrôner de la première place dans mon coeur. Même si j’espèrais, juste un peu, pouvoir de nouveau ressentir ce genre d’émotion lors d’une lecture, je n’imaginais ça pas vraiment possible. Et voilà… oui, voilà que cette chère Christelle Dabos et son Ophélie viennent de prendre la première place du podium ! Je ne doute plus. La Passe-miroir est l’histoire la plus Tout que j’ai jamais lu ! La plus belle, la plus triste, la plus tendre, la plus travaillée, la plus discrète, la plus secrète, la plus changeante, la plus mystérieuse, la plus sombre, la plus délicate, la plus rustre, la plus charmante, la plus sincère, la plus réelle, la plus imaginaire, la plus… la plus… la plus… J’en aurais encore tellement à vous en donner ! Mais si je continue, d’une vous ne me croierez pas ; de deux, vous vous demandez dejà depuis longtemps ce qu’il peut bien clocher dans ma tête ; alors je n’ai pas envie d’en rajouter ; et de trois, je ne veux pas vous spoiler.

Bon, à part toutes ces bonnes paroles, qu’est-ce que je pourrais vous dire qui ne vous en révèlerait pas trop, qui vous donnerait envie de lire ces livres ou qui vous donnerait envie de découvrir l’auteur. En fait, après tout ça, je ne vois pas vraiment ce que je pourrais vous dire de plus. Je vais quand même rajouter ça, une prouesse que peu d’auteurs sont capables de faire. Depuis le premier tome, et surtout dans ce deuxième, il y a une intrigue principale comme dans tous les livres, mais je n’ai pas souvent vu des romans avec autant d’intrigues secondaires si bien étudiées. Des histoires, beaucoup d’histoires, qui sont ultra-complémentaires au récit principal, qui auraient pu permettre à l’auteur d’écrire beaucoup plus de tomes, mais gérées d’une telle main de maître que Christelle Dabos a parfaitement réussi l’épreuve en n’en faisant qu’un tome, grâce à la légèreté de sa plume,.


Finalement, encore maintenant, encore un peu, j’ai peur. Même si je me doute que je ne serais pas déçue par les tomes suivants, je me demande s’ils seront à la hauteur des deux premiers. Le premier ayant été excellent, le deuxième encore plus, qu’est-ce qui m’attend avec le troisième… Peut-on vraiment faire mieux ? La réponse au prochain épisode.

Lecture suivie 4 : « La Passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver » de Christelle Dabos – Épisode 2 : La seconde partie

https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/A1RXvV-a53L.jpg

Titre : La Passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver

Auteur : Christelle Dabos

Éditeur : Gallimard Jeunesse éditions

Couverture de Laurent Gapaillard

528 pages – Prix : 19€00 – Premier tome d’une quadrilogie

Genre : Post-apocalyptique – Lectorat : Adolescents, Jeunes adultes, Adultes

Site web de l’éditeur avec accès sur la page du livre ICI


Ça fait un bail que j’ai terminé ce premier tome et je n’ai jamais continué de vous conter cette lecture suivie. Il est temps d’y remédier. Si vous souhaitez lire ou relire l’épisode un, c’est par ici.


Pour bien démarrer, voici le résumé de l’éditeur :

«Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

Une héroïne inoubliable, un univers riche et foisonnant, une intrigue implacable. Découvrez le premier livre d’une grande saga fantastique et le talent d’un nouvel auteur à l’imaginaire saisissant.»


Voici à présent mes sentiments sur la seconde partie appelée « Au Clairdelune » :

Je vous ai promis de faire mes lectures suivies sans spoilers, et je compte bien m’y tenir. Et pour tout vous dire, ça va être très facile avec cet épisode 2 vu que j’ai fini la lecture de ce roman il y a six mois déjà, et que même si je me souviens de beaucoup de choses, je n’ai pas une mémoire infaillible (loin de là) et je ne voudrais pas vous tromper. Alors que vais-je bien pouvoir vous dire ?
Que je ne suis qu’une égoïste qui a voulue garder le plus longtemps possible cette histoire pour elle toute seule, que je ne voulais pas la partager, que je voulais simplement qu’elle n’appartienne qu’à moi. Ha oui, je vous donne une belle image de moi. Mais en même temps… quel lecteur, parmis tout ce que nous sommes, n’a tout simplement pas voulu garder pour lui seul au moins une fois, un coup de coeur immense ? Je ne dis pas qu’on a jamais voulu les partager, mais qu’une part de chacun d’entre nous fait que nous voulons rester seuls dans nos histoires un moment de plus. Et pour ma part, ce moment, sur ce livre, a durée une éternité !
Mais pourquoi ? Pourquoi ai-je voulu garder ce livre pour moi aussi longtemps ? Pour ça :

« Je viens de finir un livre. Je crois que si ça continue à être aussi parfait, aussi intéressant, aussi bien écrit, aussi tout, cette série risque d’être de loin ma préférée. Le tome premier est plus qu’excellent ! Harry Potter a du soucis à se faire… va-t-il se faire détrôner ??? »
publication de ma page facebook du 9 juillet 2020

J’avais peur… J’étais effrayée… Je n’ai même pas répondu aux commentaires que j’ai reçu. Mais quel livre, quel auteur serait seulement capable de détrôner J.K. Rowling dans mon coeur ? Qui oserait me faire cet affront ? Comment seulement cela serait-il posible ! Et en plus de cette peur iracible qui me tenaillait, j’avais en moi tout un tas d’émotions qui m’avait sauté dessus, sans même prévenir, à la fin du roman. J’étais épatée. Par le style de l’auteur, la qualité de l’écrit et de l’histoire, par l’entièreté des personnages, par la complexité et l’immensité des lieux. Mais surtout, j’étais épatée par le fait que tout était parfait, que tout s’emboitait à la perfection, je n’avais rien, absolument rien à redire de quoi que ce soit. J’ai été transportée comme jamais, pour être redéposée dans mon monde si banal et bancal et de façon assez brutal.
Je devais réfléchir à tout ça, je devais remettre les pieds sur terre. Je devais lâcher les personnages, leurs humeurs, leurs histoires. Je devais redevenir moi.

Le fait est que redevenir moi a été trop rapide. Et j’avais de nouveau peur… Peur de reprendre l’histoire. Peur de ne pas être prête à retrouver les héros. Peur de voir Harry Potter au second plan, même s’il faut l’avouer, ça fait rêver de lire un jour un livre si puissant que même notre sorcier préféré se retrouve destitué. Oui, je l’ai rêvé mais jamais je ne l’aurais vraiment imaginé possible. Mais surtout, et finalement, j’avais peur d’être décue. Par l’auteur, que sa qualité d’écriture ne soit plus la même. Par les personnages, qu’ils aient changés au point de ne plus me plaire. Par l’histoire, qu’elle devienne moins complexe et moins intéressante.

Tous ces éléments regroupés ont fait que même si j’ai acheté le deuxième tome la veille de la fin de ma lecture du premier, je n’ai pas pu le lire, ni l’ouvrir avant six mois. Et que je n’ai pas pu vous écrire cet épisode plus vite.


Et nous en sommes maintenant là, six mois après ma lecture du premier tome. Moi à vous écrire – enfin ! – ce deuxième épisode de cette lecture suivie, et vous à me lire et à vous demander – certainement – ce que vous apporte de lire ce genre d’article qui n’a rien d’une chronique. Et pourtant, vous êtes encore là, ainsi que moi à vous raconter tout sauf l’histoire de ces livres. Et nous serons là, plus tard, encore ensemble je l’espère, pour l’épisode trois de cette lecture suivie qui arrivera très vite.

Lecture suivie 4 : « La Passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver » de Christelle Dabos – Épisode 1 : Le résumé et la première partie

https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/A1RXvV-a53L.jpgTitre : La Passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver

Auteur : Christelle Dabos

Éditeur : Gallimard Jeunesse éditions

Couverture de Laurent Gapaillard

528 pages – Prix : 19€00 – Premier tome d’une quadrilogie

Genre : Post-apocalyptique – Lectorat : Adolescents, Jeunes adultes, Adultes

Site web de l’éditeur avec accès sur la page du livre ICI


Bienvenu pour mon quatrième épisode de Lectures suivies ! Cela fait très très longtemps que je n’ai pas écrit d’article sur mon blog et je ne me serais pas imaginée que je pondrais une lecture suivie. J’espère ne pas avoir perdu la main, et j’espère surtout vous avoir au rendez-vous. Bon suivi à tous !


Pour bien démarrer, voici le résumé de l’éditeur :

«Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

Une héroïne inoubliable, un univers riche et foisonnant, une intrigue implacable. Découvrez le premier livre d’une grande saga fantastique et le talent d’un nouvel auteur à l’imaginaire saisissant.»


Voici à présent mes sentiments sur la première partie appelée « Les Fiancés » :

La première fois que je suis allée aux Imaginales, il y avait une conférence avec l’éditeur de Bragelonne. Une des questions posée était « Comment choisissez-vous un livre parmi tous les manuscrits que vous recevez ? Qu’elle est votre façon de trier en premier lieu ? ». Il a répondu que tout ce faisait dans les premières pages d’un roman, dans les deux premières pages. Que si le style, l’histoire ou les personnages présentés ne lui faisaient rien ressentir, le manuscrit n’était pas lu. Un lecteur, quand il choisit de lire un livre ou de l’acheter, il lit en général le tout début. Si l’accroche se fait, le roman est acheté. Si non, il est reposé sur l’étagère.
Pour le coup, je suis entièrement d’accord avec monsieur Bragelonne. En librairie, ou même dans ma bibliothèque, quand je veux choisir un roman, je lis les deux premières pages. C’est là que je sais si j’ai envie de le lire ou de l’acheter. Je suis bien sûre consciente que parfois, l’auteur se révèle dans la moitié du roman ou même à la toute fin.
Enfin bref, tout ça pour dire que j’ai commencé ce livre il y a quelques jours et que je n’en ai pas parler tout de suite vu que je voulais égoïstement garder le début du roman pour moi.

Dès les premières phrases, les deux premières phrases, j’ai vu que ce livre était unique. Je cite : « On dit souvent des vieilles demeures qu’elles ont une âme. Sur Anima, l’arche où les objets prennent vie, les vieilles demeures ont surtout tendance à développer un épouvantable caractère. » Cela peut vous paraître bizarre, mais j’ai su imédiatemment que j’allais adoré ce roman. Déjà, les maisons ont une âme et un sale caractère. Non je rectifie, ce ne sont pas des maisons, mais des demeures. Oui, maisons et demeures, c’est la même chose. Mais si vous aviez lu « On dit souvent des vieilles maisons qu’elles ont une âme. Sur Anima, l’arche où les objets prennent vie, les vieilles maisons ont surtout tendance à développer un épouvantable caractère. », celà vous aurait-il fait le même effet ? Pour ma part pas du tout. Le mot maison a une connotation beaucoup plus familière que demeure. De plus, la répétition de maison se fait de suite remarquer alors que celle de demeure sonne plus discrêtement. J’étais donc déjà sûre que le style de l’auteur serait travaillé et vraiment agréable à lire. Ensuite, à la troisière phrase, on nous présente les sentiments du batiment des archives familliailes. Alors déjà il y a des archives, (oui, là c’est personnel, je rêve d’aller fouiller des archives et de découvrir pleins de secrets de famille), et en plus, ce batiment a des sentiments ! Non mais sérieusement, une maison des archives qui a des humeurs. J’adore ! Donc la première page nous décrit les sentiments des archives. Lors de la deuxième, on a la description d’un personnage entrant dans le lieu en traversant un miroir. Voilà, le tour est joué. En plus de commencer le livre en beauté en nous étonnant par l’originalité des faits, Christelle Dabos nous prouve en seulement deux pages qu’elle a un don pour les descriptions.

Je vous parle de don, je vous explique. Savez-vous comment ce roman a été choisi et comment il est arrivé sur le marché du livre ? Les éditions Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama ont organisé un concours intitulé Concours du premier roman qui visait à trouver un tout nouvel auteur, jamais publier, afin de donner sa chance à tout le monde. Les seules règles étaient d’avoir écrit un roman sur l’imaginaire et d’avoir un minimum de signes. Toujours grâce à une conférence lors d’une édition des Imaginales, Christelle Dabos a dit ne pas avoir voulu présenter son roman à la maison d’édition. Elle écrivait juste pour son plus grand plaisir, juste pour elle et pour quelques amis qui la lisait. Elle n’avait aucune intention de publication. Si mon chéri se souvient bien, car cela fait deux bonnes années que cette édition à eu lieu et que c’est lui qui a participé à la conférence et m’a rapporté les faits, elle a dit avoir tout de même envoyé son roman aux éditions Gallimard jeunesse pour le concours, car elle avait parié avec ses amis qu’elle ne serait jamais publiée. Le manuscrit est parti dans la boite lors des derniers jours du concours. Fort heureusment pour nous, ses amis ont eu absolument raison d’insister car ce livre promet d’être une belle pépite !

Mais revenons-en à notre histoire. Je ne vais bien sûr rien spoiler, je ne vais même pas vous en dire beaucoup plus que : ce livre est une romance entre le lecteur et des descriptions écritent à la perfection qui vous feront voyager et vivre une histoire où il ne se passe quasiment aucune action. Une seule action en fait. Mais elle est écrite tellement subtilement que vous ne la verrait pas en tant que telle. J’avoue juste adorer les romans où il ne se passe rien. J’adore quand on peut ressentir avec les personnages. J’adore vivre à travers les lieux et les sentiments, la pluie et le beau temps. Durant toute la première partie de ce roman, je n’ai que deux questions qui me taraudent et dont je veux absolument savoir les réponses, mais pas trop vite, car je veux continuer à prendre ce plaisir de lire une plume si raffinée.


Voici la première mini-interview de Christelle Dabos :

Normalement, cette partie est une mini-interview, mais je n’ai pas pris contact avec l’auteur. Cela viendra sûrement, encore faut-il que j’en prenne le temps vu que je dévore son roman, et bien sur que Christelle Dabos soit partante. Je vais donc vous parler d’une autre annecdocte apprise lors de cette conférence aux Imaginales. (Encore une fois, c’était il y a deux ans pour la sortie de son troisième tome et je n’ai malheureusement pas moi-même participé à ce moment, ce que je regrette énormément, donc si mes propos sont faux, je vous mettrai une petite correction.)

Christelle Dabos a confié lors d’une question qui s’adressait à l’illustrateur des couvertures, Laurent Gapaillard, qu’elle s’aidait des illustrations dès elle en avait besoin. C’était des plans précieux qui lui permettaient de se retrouver géographiquement dans certaines des structures qu’elle imaginait.


Je vous retrouve très bientôt, j’espère, pour un deuxième épisode !